Dans l’émission Soft Power du 18 janvier 2026, diffusée sur Fance Culture, la journaliste au Figaro Claire Bommelaer reproche aux artistes et aux étudiants (de Sciences Po notamment), plus généralement « au camp de la gauche », de ne pas s’indigner assez face à la situation en Iran. Une prise de position problématique à plusieurs niveaux.
Précisons pour commencer que la chronique de Claire Bommelaer est un « billet d’humeur » et n’a rien de journalistique : elle ne contient ni enquête, ni sources, ni témoignages et encore moins de contradictoire. Il s’agit d’un point de vue subjectif, comme on en trouve par millier au café du commerce. Ceci étant dit, la première question qu’on a envie de poser à Claire Bommelaer est la suivante : qu’est-ce qui vous autorise à donner des leçons sur l’engagement ? A fortiori depuis une position de journaliste au Figaro. La deuxième remarque vient aussitôt : si la cause est importante – et elle l’est – pourquoi consacrer un billet aux personnes qui ne se sont pas mobilisées, plutôt qu’un billet de soutien au peuple iranien lui-même ?
S’il est tout à fait vrai, ensuite, que les manifestations de soutien ont été moindre pour l’Iran que pour la Palestine, on pourrait attendre d’une journaliste qu’elle cherche à comprendre ce phénomène, plutôt qu’à salir les soutiens au peuple palestinien. Un des éléments d’explication pourrait être, par exemple, qu’il existe en France un réseaux de solidarité avec la Palestine plus dense et mieux structuré qu’avec le peuple Iranien.
De même, il est vrai que certains silences sont des aveux. Ainsi, lorsque qu’un ministre de l’Intérieur ne condamne pas les violences policières, il s’agit de facto d’une prise de position. Toutefois, l’immense majorité des citoyens solidaires du peuple palestinien ne sont ni des diplomates, ni des représentants politiques de premier rang. Il n’y a donc aucun sens à sur-interpréter un silence ou un « manque » de mobilisation supposé.
Finalement, le procédé rhétorique employé par Claire Bommelaer permet de discréditer n’importe qui à peu de frais. Reprocher aux autres ce qu’ils n’ont pas fait, vise à déconsidérer ce qu’ils ont fait. Dans sa chronique, Claire Bommelaer explique ainsi qu’il y aurait une plus grande toléance d’une « certaine gauche » à l’endroit de l’islamisme iranien qu’à l’endroit des crimes israéliens. Cela lui permet de distiller des sous-endendus, sur la duplicité des soutiens au peuple palestinien, et même sur l’antisémitisme des soutiens au peuple palestinien, puisque le régime iranien déteste Israël.
Le procédé est d’autant plus malhonnête qu’il est aisé. Pour ne prendre qu’un exemple : les manifestants de « la manif pour tous » ne se sont pas mobilisés sur Gaza, alors que des milliers de familles ont été décimées par les bombles israéliennes. A partir de cette simple pĥrase, on induit des sous-endendus : la « manif pour tous » défendent-elle vraiment les familles ? Ne s’intéressent-elle qu’aux familles blanches et européennes ?
Si l’émission de Frédéric Martel est depuis longtemps confuse à cause de son contenu bigaré, on se demande tout de même pourquoi une chronique consacrée aux mobilisations à l’endroit des peuples palestiniens et iraniens se retrouve dans une émission consacrée à « la politique culturelle, aux médias, au numérique, à l’influence culturelle et aux industries créatives (cinéma, musique, livre, jeu vidéo, arts visuels) ».